Géoli et Géola ~ 5/ Retrouvailles

Retrouvailles

Avec la grande lumière qui les habite, Géoli et Géola commencent à se rappeler l’ensemble de leurs expériences et pour l’un des deux c’est particulièrement douloureux.

Il a été beaucoup au service de chefs dans des espaces différents.
Et il se rappelle : « Tu obéis ! » « Tais-toi ! ».
Il aurait bien écouté la petite voix qui lui disait de se poser et de ne plus rien faire, de percevoir les rythmes et les mouvements de son corps, de laisser éclore la fleur de la joie au milieu de sa poitrine…
C’était impossible.
Et il se souvient des bagarres perpétuelles car quand l’un demandait quelque chose à l’autre c’était toujours en le bousculant, en lui faisant peur, quelquefois avec un grand couteau.
Et lui s’est mis à faire pareil.

Alors, là, il pleure : il verse un torrent de larmes.
Oh ! C’est comme si ces gouttes d’eau salée le lavaient des peines du passé.
Ses plaies et ses cafards vaguent et s’éloignent… !
Maintenant il regarde : il ne fait plus comme cela, il se tourne vers l’autre, l’écoute et, seulement à ce moment, il formule son souhait.
Très souvent il perçoit alors comme un arc-en-ciel entre lui et l’autre…
Cette image lui rappelle un souvenir au fond de lui…

Il raconte tout cela à son compagnon et celui-ci lui explique que ses vies sont semblables : il agit encore parfois selon le modèle de ceux qui l’agressent.
— Chiche ! on transforme tout cela ! se disent-ils et ils topent chacun la main de l’autre.

De nombreuses personnes inattendues sont alors attirées vers eux. Celles-ci viennent apprendre.
Ils observent tous ensemble comment faire les plus beaux arceaux
en eux,
entre eux
et entre terre et ciel…

Et les deux compagnons agissent selon leur nouvelle façon d’être : d’abord ils écoutent ce que chacun souhaite raconter. Ensuite, souvent, c’est tout le monde qui se met à parler, à tour de rôle, attentif aux propos des autres…

Les Anges observent Géoli et Géola. Masteri et Mistera sont présents aussi.
Ils se réunissent tous pour débattre.
Et ils constatent les nombreux changements chez les jeunes gens, cependant ils voient que tout n’est pas en ordre.

Quelques comportements anciens subsistent.

Ils perçoivent bien, eux, ces points de faiblesse qui rendent encore les deux compagnons fragiles.

— Guidons-les, mettons-les en situation de se transformer complètement et ils retrouveront toute leur force ! concluent-ils.

Ainsi Géoli et Géola se préparent à rencontrer de nouveaux êtres qui veulent connaître les arcs-en-ciel.
Cette fois c’est une région où circulent quelques cours d’eau.
Ils organisent leur voyage assis l’un près de l’autre. Géoli propose un itinéraire.
Géola voudrait passer un peu ailleurs, il se met debout avec vivacité et lève ses deux bras :
— Oh ! Non ! On ne passera pas la rivière, il y a trop d’eau et le courant est fort, je ne veux pas.

Mais Géoli a son idée à lui, il ne veut pas en démordre. Il ferme les poings.
Au fond de lui, il en veut à son compagnon de ne pas être d’accord.
Après un temps de pause, les lèvres serrées, il répond d’un air plutôt pincé :
— Eh Bien ! J’irai seul.
Le deuxième hésite, cède et finit par suivre.

Anges et guides observent. Ils sont attentifs et plein d’amour :
— C’est rude, concèdent-ils, cependant ces comportements profonds peuvent se transformer…

Geoli et Geola partent. L’entrain n’y est pas.
Ils se suivent.
Géoli, qui avait eu l’idée de la sortie, marche devant et Géola derrière.
Ils ne se parlent pas. Leurs pas sont lourds. Une pesanteur intense plane entre eux…

Ils arrivent à la rivière.
Ils doivent la traverser.

Dans les flots Géola glisse sur des pierres mouillées et tombe.
Le courant est fort et l’emporte un moment sans qu’il puisse résister.

Heureusement qu’à certains endroits l’eau n’est pas profonde, le gars finit par se retrouver assis, puis il se remet sur ses pieds.
Il a mal partout.
Il marche péniblement jusqu’à la rive.
Il s’assoit au bord de l’eau. Il est un peu à l’écart de son compagnon.
Celui-ci s’est arrêté pour suivre la scène, il s’assoit lui aussi.
Ils ne se regardent pas, en fait ils se tournent le dos.

Tout en se frottant les parties douloureuses avec application, Géola confie à son compagnon :
— Tu te rappelles cette histoire, je suis sûr que tu la connais… Elle me vient du fond de ma mémoire.

Je Suis le Chemin

C’est l’histoire d’un homme qui cherche un trésor.
Il habite près d’un port. Il ne sait absolument pas où chercher, il sait pourtant qu’il aura des indices.
Alors il part avec un sac sur le dos et regarde partout autour de lui.
Il se dirige vers l’intérieur des terres. Les pierres du chemin, semble-t-il, lui indiquent de continuer par là.
Il suit la direction où le soleil est le plus chaud. Il avance. C’est une vaste plaine. Il poursuit sa route. Il marche le jour, et la nuit il se repose.
Enfin, un jour la plaine se termine par une barrière de montagnes.
Il se demande où chercher son trésor maintenant.
Et la réponse lui vient de l’intérieur de lui-même :
— C’est le chemin qui compte. Observe et poursuis ton sentier !
Alors il regarde autour de lui et perçoit une piste qui gravit la première colline…
Il la suit, des jours et des jours encore : il monte beaucoup, parfois il redescend et la barrière de montagne est toujours là devant lui.
Son trésor est-il là-haut ?
Il grimpe lentement posant chaque pied avec précaution car la pente est raide et le sol caillouteux.
Il finit par arriver au sommet, il n’a plus d’obstacle devant lui. Le paysage s’étend partout.

Tout autour à la ronde il a une vue lointaine et splendide. Il reste de longues heures assis à contempler la plaine d’un côté, les montagnes de l’autre.
Est-ce le trésor ? C’est beau ! Cela lui paraît quand même étrange…
La voix au-dedans de lui dit toujours :
— C’est le chemin qui compte. Observe et poursuis ta route !

Il s’engage alors sur le sentier qui suit la crête. Pour la beauté, pour le plaisir et parce qu’il sent, là, monter en lui beaucoup de joie.
Cette partie de son aventure dure plusieurs jours encore, jusqu’au moment où au loin, au bout de la montagne, il voit… la mer.

Son cœur l’encourage vers cette direction.
Il poursuit les sentiers et cette fois il descend beaucoup, et par moment il remonte légèrement pour passer un monticule.

Enfin il arrive à la mer…
— Où est mon trésor ?
— C’est le chemin qui compte ! Quel beau parcours tu as réalisé ! dit sa voix à l’intérieur de lui…

Il marche jusqu’au port et là, un bateau l’attend.
L’homme monte dans l’embarcation qui le ramène chez lui.

Il sent beaucoup de joie dans sa poitrine. Il a envie de sourire, il plonge ses mains là où l’eau est accessible. Il rit tout seul…

A l’arrivée, il marche encore et rejoint sa demeure.

Il se pose tranquillement. En fait, sa vie se poursuit…
Il s’aperçoit cependant qu’il a changé !
La phrase résonne dans sa tête :
— C’est le chemin qui compte. Observe et poursuis ta route !

Souvent il retourne dans son cœur au sommet, juste sur ce point où il est arrivé et où tout à coup il a vu tout l’horizon !

Et quand il tire à l’arc, maintenant il ne vise plus le point central de la cible. Il tire sa flèche en se concentrant. C’est si simple !
Il sent qu’il est, lui, le résultat.

 

— Tu te rappelles, ajoute Géola en se massant toujours le corps ? C’est une histoire que nous écoutons au coeur de nous !

Et il ajoute :
— En fait de chemin, j’ai pris une magnifique avenue, tu ne trouves pas ?
Euh ! … Et Plouf !
Il rit un peu jaune…

Géoli, à l’écart, ne répond pas.
Le silence est lourd…

Géola se déplace alors sur son arrière-train jusqu’à son compère. Les deux se tournent toujours le dos, doucement le rampeur rapproche son dos de celui de son camarade.
Ce dernier s’ajuste et finalement ils s’appuient dos contre dos.

Chacun ressent la respiration de son compagnon.
Ils sont attentifs. Ils se taisent.
Leurs corps s’écoutent.
Leurs dos fusionnent.
Un sanglot secoue un des dos.
Le second se laisse gagner.
Les deux amis pleurent et le ruisseau de leurs larmes coule jusqu’à la rivière…
Tout à coup les pleurs se transforment chez l’un en rire, une cascade de secousses semblables répond dans l’autre dos. C’est un immense fou rire !

Puis nos deux compagnons se lèvent, en même temps, et se prennent dans les bras l’un de l’autre…
Ils se serrent tous les deux, puis ils s’écartent, se regardent en riant !
Ils s’enlacent à nouveau !
Ils sont face à face…

Une musique mystérieuse s’élève. Elle fait tout vibrer sur son passage.
Les Anges s’extasient :
— Ils ont réussi ! Ils sont entièrement transformés !

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