L’Autre et l’Un

La terre.
Densifiée
Jusqu’à la matière.

Aucune création,
Aucune créature
N’existent encore.

L’Energie Primordiale se diminue
Un espace creux, vide
Apparaît.

Un manque se profile.
Il devient un appel à plus,
À une extension,
À un développement.

Une Vibration
Répond
A la fois à cette croissance
Et à ce manque
Et prépare ainsi
L’apparition des premiers êtres
Sur la terre.

Elle projette l’acquérir,
L’avoir,
Le tout,
Qui se matérialisent
Dans le premier fils né…

Puis elle ajoute…
Elle a déjà tout donné,
Elle adjoint
Un rien,
Une buée,
Un souffle
Le second fils naît…

L’Energie Primordiale,
Pour que l’existence prenne sa place,
Pour soutenir la différenciation,
Le mouvement,
L’évolution,
Émet un souhait à l’égard des deux fils nés :
« Expansez-vous !»
« Donnez ! »

L’aîné entend.
Ce n’est pas difficile pour lui qui a tout,
Alors il donne.
Son avoir reste entier…

Le second,
Qui n’a rien,
Qui n’est rien,
Met un moment à réaliser.

Il contemple ce qu’il est.

Il devient.

Son vide s’embellit.
Et il offre, à son tour :
Son vide
Empli de ce bout de conscience
Qui est venue à lui.

Le don du premier
Se perd dans l’immensité,
Car il n’est pas encore porteur
D’une vibration qui soit sensible.
Le don du second
Emet un début de rayonnement…
L’Energie Primordiale s’enrichit de cette réverbération.

Le fils aîné
Est déconcerté
Il ne se sent pas reconnu.
Son frère
Ne fait
Rien
Pour lui…

Un fossé se creuse entre les deux,
Les disjoint.

L’aîné ne peut
Comprendre le néant,
Le vide
Qui l’ignore.

Il cherche à faire disparaître cette absence,
Cette buée
Qui ne tient pas compte de lui
Et l’incommode.

Il tue son frère.

Il reste seul.
Se sent seul.

Il a la puissance
De celui qui peut tout saisir,
De celui qui peut tout posséder,
Sans guère de conscience.

Esseulé
Il s’ouvre à son ressenti.

Il découvre l’incomplétude,
Le manque.

Le souffle,
Devenu plus subtile encore,
Entre en lui,
L’absence devient présence…

De là où il est
Le second amorce
Une oeuvre de rayonnement.
L’aîné
Reçoit.
Et commence à bâtir, à créer.

L’Energie Primordiale s’amplifie,
Au-delà du temps et de l’espace,
Une.
Elle EST


Compléments :

Le Tsim tsoum, dans les textes rabbiniques Juifs, est le nom donné au mouvement originel de l’Energie Primordiale qui au commencement se restreignit.
Les humains apparurent alors sur la terre. Adam puis Eve.
Eve fut la première mère, elle répondit à la fois à l’abondance et au vide.
Elle projeta sa vision de Dieu sous la forme de la possession et enfanta son premier né qu’elle nomma Caïn de la racine acquérir, acheter, créer…
Puis elle ajouta… Quoi ? Une chose vaine. Le second fils naquit avec ce nom là : un rien, une buée, un souffle, Abel*.

Vint le temps d’une offrande.
L’aîné en eut l’idée. Il saisit une part de son avoir, de la peine qu’il avait pris à l’accroître et en fit un don.
Le second, le rien, vit son frère. Il mit un peu plus de temps à partager. Il sacrifia les prémices : un premier-né de son troupeau.
Dieu s’enrichit de ce don.
Le labeur du premier ne laissa pas de traces. Celui du second rayonna jusqu’à Dieu. L’aîné put-il recevoir la vibration émise par son frère ? Eviter la perte de lui-même ?
Où en était leur jonction ? Qu’en était-il d’une rencontre ?
Le puîné ne fit rien pour son frère premier né…
Porteur de vanité il laissa exulter sa réussite.
Un fossé se creusa entre eux.

Dieu laissait la liberté de chacun aller au bout d’elle-même…
Il provoqua celui qui n’était pas serviteur de la Terre mais plus près du Ciel en lui ouvrant une porte de succès tout en restant très attentif à l’aîné, particulièrement désarçonné par l’attitude divine.
Le premier né cherchait à faire disparaître ce frère qui l’incommodait et ne faisait pas cas de lui.
Il le tua.

L’aîné resta seul. Il appréciait le dialogue, il parla à Dieu qui lui répondit et l’envoya errer en quête de lui-même pour combler ses manques.

Sa propre force l’intimidait et il la projetait sur les autres sous forme de peur. Il reçut un signe divin sur le front témoignant ainsi qu’il était aimé tel qu’il était, qu’il devait continuer son chemin avec la puissance qui émanait de lui… Dieu avait déjà honoré le second… Il glorifiait la rude route du possesseur de l’avoir sur la terre…

Le fils aîné visita le monde, le conquit même, et le parcourt encore.
Mais au delà du trépas, le plus jeune veille…

La mort** a éveillé la possibilité du changement…

Les deux frères deviennent. Tantôt ils sont séparés, tantôt ils approchent la découverte l’un de l’autre en toute conscience.
Le premier né s’ouvre, libérant une place en lui pour recevoir l’inconnu, le néant ; le second y glisse son rayonnement.
Dans les temps qui se renouvellent, ils se retrouvent. L’avoir et le rien sont Un !

En ces jours de Pâques 2019
A Caïn et à Abel***, frères dans l’unité


* C’est le mot utilisé pour le verset connu : « Vanité des vanités, le tout est vanité » (Ecclésiaste 1/2)

** De nombreux mythes, contes ou récits rapportent ce même nécessaire passage : Osiris en Egypte ancienne, Blanche Neige en Europe, Jésus pour les Chrétiens etc…

*** Extraits du texte biblique Genèse 4
Adam pénètre Eve, sa femme. Enceinte, elle enfante Caïn. Elle dit : « J’ai eu un homme avec Dieu. »
Elle ajoute à enfanter son frère. Abel, est berger, Caïn serviteur de la terre.
…Caïn fait venir des fruits de la terre en offrande à Dieu.
Abel a fait venir, lui aussi, des premiers-nés (des aînés) de ses ovins et leur graisse.

Dieu considère Abel et son offrande.
Caïn et son offrande, Il ne les considère pas.
Vient ensuite le dialogue qui suit la découverte du meurtre, puis Dieu dit :
«Tu seras errant et parcourant la terre. »


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